Rencontre des Specklin à Heimersdorf le 23 juillet 2000


158 membres de la famille Specklin venus de 33 villes et villages du Haut-Rhin, de France et d'Allemagne se sont retrouvés dans leur village d'origine. Ils ne s'en sont à vrai dire jamais beaucoup éloigné : sur les 258 Specklin nés en France durant le siècle dernier (de 1891 à 1990 très précisemment), 92% sont nés dans le Haut-Rhin !




Article paru dans "l'Alsace" du dimanche 30 juillet 2000

Heimersdorf : la saga des Specklin

158 membres de la famille Specklin, venus de 33 villes et villages du Haut-Rhin, de France et d'Allemagne, se sont retrouvés dimanche dernier à Heimersdorf, à l'initiative de Paul Specklin.

INUTILE de chercher à contacter M. Specklin ce jour-là à Heimersdorf, vous auriez été embarrassé devant le nombre de réponses reçues. Venant de tout le Haut-Rhin, mais aussi de Strasbourg, Lyon, Limoges, de la Savoie et d'Allemagne (Bad-Pyrmont, près de Hanovre), tout ce que la région compte de Specklin se sont retrouvés dimanche à la salle polyvalente du village considéré comme le berceau natal de la famille, Heimersdorf. Cette idée de rassembler ainsi une si vaste famille sundgauvienne a germé en juillet 1999 dans l'esprit de Paul Specklin, historien-auteur, habitant aujourd'hui Sausheim. C'est un défi un peu fou , explique-t-il, dont j'ai eu l'idée à la suite d'intenses travaux de recherches généalogiques entamés dès le printemps 1997. Heimersdorf semblait alors le lieu de prédilection pour organiser une telle rencontre, puisque la présence des Specklin y est attestée dès le XVIe siècle, avec l'ancêtre commun Marc Specklin (1550-1598). Afin d'établir un arbre généalogique de la famille, l'organisateur a fait appel à un autre Marc Specklin, contemporain celui-là, habitant Poitiers, pour dessiner chaque branche selon ses indications. Dresser un arbre généalogique des Specklin n'est pas une idée nouvelle, puisque le curé François Antoine Béhra, officiant à Heimersdorf de 1905 à 1928, s'était déjà essayé à l'exercice par deux fois, en 1912 et 1925, avec, il est vrai, de nombreuses lacunes. Mais le résultat obtenu aujourd'hui est en tout point grandiose, puisque l'arbre de 9 m de large sur 2,50 m de haut répertorie environ 650 personnes, chaque famille y figurant au grand complet, soit 15 générations depuis 1550. Un arbre illustré par la présence dans l'assemblée de la doyenne des Specklin, Marie, de Werentzhouse (85 ans), et par la benjamine, Laura, née le 7 octobre 1999. Le document a d'ailleurs fait l'objet d'une exposition lors de la rencontre, en compagnie des essais du curé Béhra et d'autres étroitement liés à l'histoire de la famille, dont une des plus anciennes cartes de l'Alsace dessinée entre 1571 et 1573 par le Stadtbaumeister de Strasbourg et cartographe Daniel Specklin (1536-1589).

Specker, Specklein et autres Speckly

Sur l'origine étymologique du nom Specklin , Paul Specklin avance deux hypothèses : L'origine germanique du nom ne fait aucun doute, mais selon le Professor Karlmann Joseph Brechenmacher dans son ouvrage " Etymologisches Wörterbuch der Deutschen Familiennamen ", paru en 1963, le terme pourrait désigner soit un homme bien nourri, d'allure grasse, peut-être en relation avec le métier de boucher, soit un specke, c'est-à-dire une digue ou un barrage fait de rondins avec un chemin, le long d'un ruisseau. De fait, l'on trouve dans le Haut-Rhin de nombreux lieux-dits formés par Speck et ses dérivés : uf dem Speck , en 1453 à Berrwiller, Speckacker à Franken ou encore Speckenacker en 1222 à Waldighoffen. L'orthographe du nom varie elle aussi énormément à travers les siècles et les lieux, puis que l'on trouve dans les registres paroissiaux de Hirsingue entre 1582 et 1815 des Specker, Speckler et Specklerin, sans parler des Specklein, Späcklein ou Spacklen. Un document daté de 1678 concernant un certain Melchior habitant Heimersdorf, dont on connaît l'histoire grâce à ses démêlés avec la justice seigneuriale, cite en allemand Spackhla et en français Speckhlin. Dans les recensements et registres d'état civil, entre 1836 et 1880, on trouve à Mulhouse, Brunstatt, Froeningen et Zillisheim des Speckler, Specklen ou Speckly. A partir de 1870, le nom est à peu près stabilisé. En tout état de cause, l'orthographe initiale du nom Speckl ou Speckle et leur répartition géographique militerait en faveur d'une origine autrichienne, Heimersdorf étant passé sous la souveraineté des Habsbourg dès 1324, voire 1267.

Dis-leur là-haut que nous sommes de nouveau français

Les Specklin sont l'une des six plus vieilles familles de Heimersdorf, avec les Federspiel, Higelin, Munch, Ginck et Goepfert (disparus aujourd'hui). Leur présence est encore bien visible, puisqu'il existe une dizaine de familles Specklin dans le village dont font partie trois conseillers municipaux et adjoint. Le sens civique de la famille ne s'est jamais démenti, comme en atteste Sébastien Specklin (1745-1820), conseiller municipal, dont le fils Morand prend la relève, puis le petit-fils, qui devient maire de 1881 à 1886, et ainsi de suite, presque sans interruption. Le patriotisme et la francophilie sont aussi l'un des traits distinctifs de la famille, puisque quelques hautes figures se sont illustrées dans ce domaine au cours des âges. Citons notamment Fortuné, né en 1848 et mort en 1948 à Heimersdorf, qui combattit les Prussiens en 1870 dans l'armée de Bourbaki. En 1946, l'Alsace reconnaissante, offre un sabre d'honneur en argent et or ciselé à son libérateur, le maréchal De Lattre de Tassigny. C'est Fortuné, le seul survivant de 1870, qui lui remet ce sabre, à 98 ans, lors d'une cérémonie sur la place Kléber à Strasbourg. L'ancien soldat avait coutume pour chaque enterrement d'un ancien combattant du canton, de terminer son discours par ces mots : Dis-leur là-haut que nous sommes de nouveau français. Paul Specklin a ainsi résumé les principales caractéristiques de la famille : Ce sont presque toujours les femmes qui font marcher les hommes, explique-t-il non sans humour, et les Specklin sont caractérisés par un très fort attachement à la terre natale ; après une absence, on revient souvent au pays. De ce fait, on trouve une très faible dispersion des Specklin à travers le monde. Une exception notable : Germaine Specklin, qui a épousé en 1946 un soldat américain, Harry Johnson, et s'est expatriée aux USA à Remsen, dans l'Iowa. Toujours en vie, elle a écrit une lettre en parfait français à Paul Specklin, malgré les nombreuses années qui se sont écoulées depuis son départ, afin de s'excuser de son absence pour la grande réunion. Une preuve de plus que l'on n'oublie jamais ses origines.

RENSEIGNEMENTS Paul Specklin a publié une "Généalogie Specklin", comprenant, de 1581 à 1996, quelque 160 familles avec plus de 550 individus et une liste de 350 noms de familles alliées. Cette oeuvre est déposée au Centre départemental d'histoire des familles, 5, place Saint-Léger à Guebwiller. A consulter sur place, tél. 03.89.62.12.40 ou par e-mail : cdhf@telmat-net.fr.

Stéphane Cardia

L'arbre généalogique mesure 9 m de large et 2,50 m de haut. 158 membres de la famille Specklin ont posé pour la photo souvenir.